Croc-Blanc, chapitre VIII – Le maître d’amour, 1/

Assis  à l’entrée  de  leur cabane,   Matt  et Scott  regardaient  Croc Blanc.

Weedon  Scott  était  ingénieur  à  la  mine,  Matt  était  son  maître  d’attelage.  C’est  lui  qui  conduisait  le  traineau  et  s’occupait  des  chiens.

 

Depuis  deux  semaines,   Crox-Blanc  était  attaché  près  de   la  maison.   Ses  blessures  avaient  guéri  mais  le  loup  se  montrait  très  sauvage.

Le loup  tirait  de toutes ses forces  sur sa chaîne,  le poil  hérissé,  grondant  et aboyant  vers  les chiens  de Matt.   Ses  chiens  avaient  essayé  d’attaquer  le jeune loup,   mais  ils avaient   reçu  des coups de bâton  et  ils  avaient compris  qu’il ne fallait   pas  s’approcher.

« C’est un loup,  dit Scott,  nous  ne pourrons  jamais  l’apprivoiser.

– Ce n’est pas sûr,  j’ai  l’impression  qu’il  a  déjà  été apprivoisé,   et   qu’il  y a  du  chien  en lui,  répondit  Matt.

–  C’est impossible,  il est  complètement  sauvage !

– Mais non, regardez  :  il y a  des  traces  de lanières  sur sa poitrine,  dit Matt.   Cela veut dire  qu’il a déjà tiré  un traîneau !

– Ah !  Tu as raison Matt,  il  a du  être  attelé   avant  d’arriver   chez   Beauty Smith.

– Alors il  devrait  pouvoir  recommencer  à  tirer  un  traineau.

– Oh non,  c’est impossible !   Cela fait  deux semaines   que  je l’ai acheté   et  il est  de plus  en plus  sauvage !

– Laisse – moi essayer ! »

Matt  prit un bâton  et  s’approcha  de Croc Blanc.  Le chien loup  le  regarda.   Il surveillait surtout  le bâton.  L’homme  le détacha  et recula.  Croc Blanc  fut très surpris  d’être  libre. Il fit  quelques pas  en direction  de Matt  et fut aussi  surpris  de  ne pas  recevoir  des coups de bâton.

« Pauvre bête,  je vais  lui chercher  de la viande,  dit  Scott. »

Il   lui lança  un beau morceau  de viande rouge,  mais   un chien  se jeta  dessus.

« Major,  viens  ici !   hurla Matt »

C’était trop tard.  Croc Blanc  avait  attaqué  le chien  et  lui avait  déchiré  la gorge.

Matt s’approcha   du loup  avec son bâton  mais  il fut mordu  aussi à la jambe.

Scott dit alors :

« Tu vois,  il n’y a  rien à faire  avec ce loup.  C’est un vrai diable,  et  tu voudrais  qu’il devienne doux  comme un agneau…  Tuons le !

-Attends,  il  a  tué   ce chien  qui voulait  lui prendre  son  repas !   Laissons-lui  encore  une  chance !

Scott  répondit  qu’il  voulait  bien  essayer  encore,  il   s’approcha  de Croc Blanc  en  lui  parlant  doucement.

Croc  Blanc  se  méfiait.  Il  venait  de  tuer  un  chien  et  il  s’attendait  à  être  de  nouveau  battu.   Scott  s’approcha  encore  de  lui   et   il  essaya  de  le caresser.   Le  chien loup  gronda,  la  main  s’approcha  encore,  alors  il   mordit   la main.

Scott  hurla  de douleur.

Matt  alla  chercher  une  carabine   :

« Tu avais raison. Il faut le tuer.

– Non ! Non !    Tu  as  dit  qu’il  fallait  lui  laisser  une  chance.     Tu  as  vu   comme  il  te regarde ?    Il   reconnaît une arme.  Laissons lui  encore  du temps.

– D’accord,  cet animal  a l’air  très intelligent,  nous n’avons pas le droit de le tuer.

 

 

 

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Croc Blanc, chapitre VII – 3/

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Soudain, Beauty Smith  s’avança  vers  les chiens  et montra  Croc Blanc  en  se  moquant  de lui.   Ceci  redonna  de la rage  et  de la force  au loup.  Il réussit  à se relever.  Il  se remit  à courir  mais  retomba  car  il était  épuisé.

Tout le monde criait : « Cherokee ! Cherokee ! »

Le bulldog  allait tuer  le loup  quand  on entendit   un traîneau  arriver.

Ce traîneau  était  conduit  par  un homme  moustachu  et un autre homme,  plus jeune  et  plus grand.  Ils vinrent  regarder  le combat.

Croc Blanc  allait  mourir.  Beauty Smith,  furieux,  lui donnait  des coups de pied  pour le réveiller  :  si son chien-loup  mourait,  il n’aurait  plus  d’argent.

Le jeune homme  qui venait d’arriver  se jeta sur lui  et lui envoya  un  terrible  coup de poing.  Il  se mit  à crier :

« Sale brute !  Vous êtes  tous des brutes ! »   Il était  très  en colère.  Il  appela  son ami :

« Matt !  Viens  m’aider ! »

Matt  attrapa  Croc Blanc  et  le jeune homme  essaya  de tirer  le bulldog  en arrière.  Mais celui-ci  mordait  toujours  le loup  et  refusait de le lâcher.  Les spectateurs  étaient  mécontents.

L’homme criait toujours :  « Vous êtes des brutes !

-Arrête  Scott,  dit Matt,  on  n’ y  arrivera  pas  comme  ça.

-Mais il  va mourir !  Ce bulldog  va  le tuer  ! »

Scott  se mit  à cogner  de toutes ses forces  sur la tête  de  Cherokee  qui ne lâchait  toujours pas  Croc Blanc.  Alors Scott  sortit  son revolver.  Il le glissa  dans la gueule  du bulldog et  donna des coups  sur ses dents.

« Eh !  Faut pas  lui casser  les dents !  Cria  Keenan.

-Tu préfères  que je  lui casse  le cou ?

-J’ai dit  de pas  lui casser  les dents !

-Il est  à toi ?

-Oui,  c’est  mon chien !

-Pourquoi  tu ne l’obliges pas  à lâcher  ce pauvre  loup ?

-J’ai  pas envie ! »

Scott  lui tourna  le dos  et continua  d’écarter  les dents  du bulldog  avec  son revolver.  Il réussit  enfin  à dégager  Croc Blanc.

« Maintenant,  tu peux  t’occuper  de ton chien ! »

Keenan  emmena  Cherokee pour le soigner.  Celui-ci  se débattait  furieusement.

Croc Blanc  n’arrivait pas  à se relever.  Sa langue  pendait  hors de sa bouche.  Beauty  s’approcha.  Scott  lui dit :

« Je t’achète  ce chien  à demi mort  pour  150  dollars.

-Je ne  le vends pas,  répondit  Beauty.

-Alors,  tu prends  cet argent maintenant,  ou  tu préfères  que je  t’assomme ?

-Je prends  l’argent,  mais c’est du vol !  Je préviendrai  la police !

-Ha ha !  Si  je te vois  encore à  Dawson,  je te fais  chasser  de la ville, compris ? »

Beauty Smith  s’éloigna,  mécontent,  et demanda  à  un groupe d’hommes :

«  Quelqu’un le connaît  cet emmerdeur ?

– C’est Weedon Scott,  un ingénieur.  Il travaille  à la mine.  Attention,  il est copain  avec le commissaire  de Dawson,  il pourrait  te faire  mettre en prison  si tu cherches  à l’ennuyer !

– Il a de la chance.  Sinon  je lui  aurai mis  une de ces  raclées ! »

 

 


>>>>   Chapitre  VIII  –  1/  >>>> 

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre VII – les combats, 2/

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A l’automne,   Beauty Smith    emmena    Croc-Blanc  à  Dawson.   Ils  firent  le  voyage  en bateau.   Croc-Blanc  restait  dans une cage.   Il  était devenu  célèbre  dans toute la région.

On  le surnommait   « le Loup combattant « .   Beaucoup  de gens  venaient  le  regarder.

 

Croc-Blanc  était  de plus en plus  féroce.  Les hommes  s’amusaient  à l’énerver  en lui donnant  des coups de bâton  à travers  les barreaux  . Sa vie  était devenue  un enfer.  Il était devenu  aussi fou  et aussi mauvais  que son maître.   C’était la seule façon  pour lui  de survivre.

A  Dawson,  une petite ville  au bord du Yukon,   Beauty  trouva  un nouveau  moyen  de  gagner  beaucoup  d’argent.   Il faisait  payer   cinquante  cents  aux gens  qui voulaient admirer  son  loup  combattant.  Croc Blanc  ne pouvait jamais  se reposer.   Les hommes admiraient  sa force  et sa rage   et   ils avaient  peur de lui.

Croc Blanc  aimait  cette peur  des hommes et  devenait  de plus en plus  effrayant.

Les combats de chiens  étaient interdits  par la police,   alors  on l’emmenait dans un bois  la nuit.  Il continuait  de tuer  tous ses adversaires.    Il était  tellement rusé  et tellement rapide  que  les combats  étaient  de plus en plus  courts.

Quand  Croc Blanc  eut  tué  tous   les meilleurs chiens  de la région,   Beauty  eut  l’idée de capturer  des loups  sauvages.   Les combats  furent plus longs  mais Croc Blanc  gagnait toujours.

Comme les spectateurs  devenaient  moins  nombreux,  Beauty  fit  venir  un lynx.  Le combat  fut terrible  mais  le lynx  aussi mourut.  Il n’y eut plus de combat  car on ne trouvait plus d’adversaires pour Croc Blanc.

 

Au printemps,  un homme  nommé  Tim Keenan  arriva  avec un bulldog.  C’était un chien très féroce et très puissant  qui  s’appelait  Cherokee.  On organisa  donc  un combat.

Cette fois,  Croc Blanc  ne se  jeta  pas  sur  son adversaire :  il  l’observait.  Il n’avait  jamais vu  de bête  semblable.   Keenan  poussait  son bulldog  en murmurant : « Allez, attaque… »

Le bulldog  fit quelques pas et regarda Croc Blanc.   Les spectateurs  impatients  criaient :

« Attaque,  Cherokee !  Tue-le !  Bouffe-le ! »

Mais Cherokee  n’était pas pressé,  il avait l’habitude  des combats  de chiens.  Il était sûr  qu’il  allait gagner.  Mais  il  n’avait  jamais combattu  avec un loup.

Les poils  des deux adversaires  se hérissaient  lentement.   Quand  Cherokee  se décida  enfin à attaquer,  Croc Blanc bondit,  il le mordit  et recula  rapidement.

Les hommes applaudirent.  Les paris  étaient  très nombreux.  Le bulldog  était blessé au cou  mais il avança  à nouveau  vers le loup.   Celui-ci  continuait  à l’attaquer  et à reculer  et le chien  continuait à avancer.    Il restait tranquille,  comme  s’il  n’était pas  blessé,  sans se défendre,   et  Croc Blanc  était  de plus en plus étonné.

Cherokee  n’avait pas  l’habitude  d’avoir  un adversaire  aussi rapide.  Il saignait de partout, ses oreilles et sa queue étaient déchirées,  mais   il ne tombait pas.

Croc Blanc  ne parvenait pas le mordre à la gorge.  Il  s’arrêta  de sauter  et  mordre,  épuisé. Alors le bulldog  se jeta sur lui  et  essaya  aussi  de le mordre  à la gorge  pour le tuer.

Le combat  semblait terminé,  les spectateurs  qui avaient  parié  pour  Cherokee  semblaient  très contents.

 

 

>>>>  chapitre  VII,  3/  >>>>>

 

 

 

Croc Blanc, chapitre VII – le maitre fou, 1/

Avec  Beauty  Smith,  ce maître fou,  Croc Blanc  devint  un vrai diable.  Beauty  Smith  le gardait enchaîné  dans un enclos   derrière le fort.  Il venait  le voir  souvent et là,  il s’amusait  à l’énerver  le plus possible  pour que le chien-loup  devienne  une vraie brute sauvage.

Beauty  éclatait de rire  en regardant  son  loup.  Il avait compris  que Croc Blanc  devenait très enragé  quand on se moquait de lui,  alors  il le montrait du doigt  en riant et  en lui donnant  des  coups  de bâton.

Lorsque  il  riait de lui,  Croc Blanc  tirait  de toutes ses forces  sur sa chaîne et  devenait lui aussi  complètement fou.

Il était déjà  l’ennemi des chiens,  mais,  à cause  de la méchanceté  de ce maître, il devint aussi l’ennemi  des hommes blancs.  Il se mit  à haïr  tout ce qui bougeait,  tout ce qui l’entourait.  Il haïssait sa chaîne  et  son enclos,  il  haïssait  les hommes qui venaient le voir.  Mais surtout,  il haïssait  Beauty Smith.

Un jour,  Beauty amena plusieurs hommes blancs   autour de l’enclos.  Il entra avec un bâton,  détacha Croc Blanc  et ressortit rapidement.  Le loup  tourna  en  rond  dans l’enclos,  puis  se jeta  contre les planches  en essayant  de mordre  les hommes  qui l’entouraient.

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Croc-Blanc  avait  beaucoup  grandi.  Il  était long de plus d’un mètre cinquante,  haut  de quatre-vingt centimètres,  plus gros  et  plus beau  qu’un loup adulte.  Avec  ses muscles d’acier,  ses crocs brillants  et sa haine  pour le monde entier,  il était devenu  une machine à tuer.

La porte de l’enclos  s’ouvrit de nouveau,  un énorme chien  fut poussé  à l’intérieur  puis la porte se referma.  Croc Blanc comprit  qu’il pouvait en profiter  pour se venger et vider sa haine.  Il bondit  sur la bête  et lui déchira  l’épaule  d’un coup de croc,  rapide comme l’éclair.  Le chien secoua la tête,  gronda et sauta sur Croc Blanc.  Mais le jeune loup  bondissait  à droite, à gauche,  en avant, en arrière,  s’échappant toujours  à la dernière seconde.

Les hommes hurlaient  et applaudissaient,  ils  faisaient  des  paris  avec  de l’argent.  Beauty  était très heureux.  Le chien n’avait  aucune chance.  Il était trop lent  et trop prudent,  alors que Croc Blanc  était décidé à le tuer.

combat loup

Quand tout fut terminé,  Beauty  frappa le loup avec un bâton  et traîna  le chien mort au dehors.

Les hommes qui avaient parié  sur le chien avaient  perdu, ils  donnèrent l’argent à  Beauty  qui  organisa  d’autres  combats.

Croc Blanc   attendait  les combats  avec impatience.   C’était son  seul plaisir.    Il pouvait alors  utiliser  toute sa force  avec toute sa haine  sans être puni.  Il ne perdait  jamais.

Un jour, on fit entrer un vrai loup.  Il le tua.

Un autre jour,  on fit entrer  deux chiens en même temps.  Ce fut  son plus dur combat.  Il faillit mourir,   mais il les tua tous les deux.

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre VI – les ennemis, 5/

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« Donne-moi  beaucoup  de whisky,  dit l’Indien  Castor-Gris  à   Beauty,   et ce chien  est à toi  si tu arrives  à l’attraper !  »

On amena  les bouteilles  à Castor-Gris  et  deux jours  plus tard,  Beauty  revint au camp :

« Attrape ce chien !  dit-il à l’Indien »

Le lendemain soir,  quand   Croc Blanc   vint se coucher  dans la  tente  de Castor-Gris,   l’Indien se leva et lui attacha une corde autour du cou.   Puis il se rassit , en tenant  d’une main le loup , et de l’autre   main   une bouteille d’alcool.

Une heure après,  Croc Blanc  entendit Beauty arriver.  Il essaya  de s’échapper  mais son maître  tint la corde plus fort.   Le mauvais homme  entra  sous la tente,  le loup gronda  et montra les crocs.   La main de Beauty   s’approchait  lentement de lui.  Croc Blanc s’aplatit sur le sol.   La colère  et la peur   le faisait gronder.    Il  essaya   de mordre  la  main,  mais  elle  fut plus rapide   et   les crocs   claquèrent dans le vide.

Beauty était furieux  et avait  eu   peur.   Castor Gris frappa le jeune loup qui se coucha par terre.

Beauty Smith  repartit  et  revint  avec  un gros bâton.  Il saisit la corde  et  commença à tirer.  Croc Blanc  refusait d’avancer.  Il essaya  de mordre  son ennemi  au bras  mais il reçut  un terrible  coup de bâton  sur le dos.  Beauty  tira à nouveau  sur la laisse  et Croc Blanc  le suivit  jusqu’au Fort,  en tremblant  et grondant,  la tête basse.

Pendant la nuit,  Croc Blanc  qui était attaché  dehors,  coupa la corde  avec ses dents  et s’enfuit.  Il retourna  au camp Indien.

Mais  Castor Gris  l’attacha  et le ramena  le lendemain  à Beauty.  Celui-ci prit  un bâton  et un fouet  et battit Croc Blanc pour le punir. Il  le frappa  fort et longtemps,  avec joie.  C’était sa façon  de se venger  de la nature  qui l’avait rendu  si laid  et si mauvais.  Le loup  hurlait  de douleur.  Il comprenait  pourquoi il était puni.  Il savait  maintenant  que son maître  voulait  qu’il parte  avec ce monstre.

Il n’aimait  pas  Castor Gris  mais  il était fidèle  comme un vrai chien.  C’était lui son maître  et il aurait voulu  rester  avec lui.

La punition  terminée,  Beauty  le ramena  au Fort  et l’attacha  très solidement.

 

 

La nuit suivante,  Croc Blanc  passa  plusieurs heures  à ronger  la corde  et s’enfuit à  nouveau.

Il aurait  du partir  loin  mais l’instinct  de fidélité était plus fort  que la sagesse.

Il retourna  vers Castor Gris.  Le lendemain,  il reçut  une punition  encore plus terrible.  Les deux hommes  étaient  furieux.   Beauty Smith  ne s’arrêta  de frapper  que lorsqu’il eut   mal au bras. Croc Blanc  était  presque mort.  Castor Gris  regardait  sans le protéger.

Beauty ramena le loup au fort  en le traînant  car il ne pouvait  plus marcher.

Il l’attacha  cette fois  à une chaîne  avec un cadenas.  Croc Blanc ne pourrait  plus s’enfuir. Quand Castor-Gris,  malade à cause de l’alcool,  repartit vers le Mackenzie,  le  loup  resta à Fort Yukon, avec  pour maître  un  homme  mauvais  et à moitié fou.

                   

 

FIN  du  chapitre  VI

 

>>>  chapitre VII, 1/ >>>>

 

 

 

Croc Blanc, chapitre VI – les ennemis, 4/

<<<  chapitre  VI,  3/ <<<<

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Un  homme  s’intéressait  beaucoup  aux  attaques  de  Croc Blanc  contre  les chiens.

Dès qu’il entendait  la sirène  du bateau,  il arrivait en courant  et il repartait  toujours le dernier,  triste que le combat  soit  déjà fini.   Quand  un pauvre chien  du Sud  avait été battu  par Croc Blanc   puis mis en pièces   par les autres chiens,   il sautait de joie.   Il regardait toujours   Croc Blanc   avec un regard  d’envie.

Les habitants du fort  l’avait surnommé  Beauty (beauté  en anglais)  car il  était très laid.

Il était  tout petit,  très maigre  et avait  une tête minuscule, un peu  pointue.

L’arrière de son crâne  était tout plat.  Sous  son front  bas et large,  il avait  de gros yeux  ronds,  écartés.

Son menton  était énorme  et lourd.   On aurait dit  qu’il n’avait pas  de cou.

Ses mâchoires de cheval   portaient  des dents longues et jaunes,  et ses canines,  encore plus longues,  sortaient   entre ses lèvres comme des crocs.

Ses cheveux,  couleur de boue comme ses yeux,  ressemblaient  à de mauvaises herbes  sur sa tête.

Beauty  était  un monstre.  Bien sûr,  cela  n’était pas  de sa faute  s’il était né ainsi.  Il travaillait  au fort,  faisait  la cuisine,  la vaisselle  et  tous les gros travaux.   Les autres hommes  ne l’aimaient pas,  mais ils le laissaient  tranquille.

On avait  peur de lui,  car il avait  des colères terribles.   Il pouvait alors  tirer dans le dos  de quelqu’un ou   empoisonner son café.

Cet homme rêvait  de devenir  le maître  de Croc Blanc.  Il essaya  de  s’approcher  de lui,  mais  le jeune loup  lui montrait  les crocs,   le poil hérissé  et lui tournait le dos.  Il avait   peur  de cet homme  et il ne  l’aimait pas.

Croc Blanc  sentait bien  que Beauty était  mauvais,  dans sa tête  comme dans son corps.  Il décida  qu’il serait  un ennemi.

Beauty  décida  d’aller au campement indien  pour  acheter  le jeune loup  à Castor-Gris.

Croc-Blanc,  en le  voyant  arriver,  s’éloigna rapidement et  regarda de loin.  Il ne comprenait pas  ce qu’ils disaient  mais il vit  l’homme  le montrer du doigt. Il se mit à gronder,  et l’homme  éclata de rire.  Il alla  se cacher  dans la forêt.

Castor-Gris  refusait  de vendre  Croc Blanc.  C’était  son chien  de traîneau  le plus fort  et le meilleur combattant  des régions  du Mackenzie  et du Yukon.  Aucun chien  ne pouvait  le battre.  Il pouvait  tuer un adversaire  aussi facilement  qu’un homme  écrase une mouche.

Mais Beauty  savait  comment discuter  avec les Indiens.  Il revint  souvent voir Castor-Gris,  en amenant  une ou deux bouteilles  de whisky.   Castor-Gris  prit l’habitude  de boire de l’alcool  et il en eut  de plus en plus  besoin.

Son estomac réclamait  de plus en plus  d’alcool.  Son cerveau  eut aussi  de plus en plus  envie de whisky.

 

Il utilisa alors  l’argent  qu’il avait gagné  en vendant  ses fourrures  et les mocassins  pour  acheter  de  l’alcool.  Castor-Gris  avait toujours  plus soif  et il ne comprenait pas  ce qu’il  lui arrivait.  A la fin,  il ne lui resta  plus rien,  ni argent,  ni marchandises.  Il ne lui restait plus   que la soif d’alcool.

 

Alors Beauty  revint  lui parler  de Croc Blanc.   Cette fois , il lui offrait  des bouteilles  en échange du loup.    Finalement, Castor-Gris fut d’accord.

Beauty  devenait  le  propriétaire  de  Croc-Blanc.

 

 

 

>>>> chapitre VI, 5/ >>>>

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre VI – les ennemis, 3/

<<<<  chapitre  VI, 2/

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Ces combats  faciles  contre  les  chiens   devinrent  le  seul jeu  de  Croc Blanc.

Castor-Gris, occupé  à vendre  ses fourrures,  ne s’occupait pas de lui.

La bande des  chiens  de traineau  indiens  suivait toujours  Croc Blanc.

Dès qu’un chien étranger  voyait  Croc Blanc,   il sentait   que c’était  un loup,  différent, sauvage et dangereux.    Par instinct,   le  chien  échappait   à son maître et se jetait sur  Croc Blanc.  Mais  le  loup,  plus fort,  le blessait à mort.

 

Les  autres chiens  de traîneau   dévoraient   le  malheureux  chien étranger  dès que Croc Blanc s’était éloigné.

Croc Blanc  avait pris  l’habitude  de tuer les chiens  car ceux-ci  l’attaquaient toujours.   Il était devenu  féroce et brutal  à cause  de tout  ce qu’il  avait vécu auparavant.

Si Liplip  ne l’avait pas poursuivi  quand il était petit,  il aurait pu  grandir  avec les autres chiots  et aurait pu  les aimer.  Si Castor-Gris  avait été  moins brutal  et plus gentil,   Croc Blanc  aurait pu apprendre l’amour.

 

Les hommes blancs de Fort Yukon étaient divisés en deux clans.

Ceux qui   habitaient là  depuis longtemps  n’aimaient  pas  les hommes  qui arrivaient  en bateau  par le fleuve.   Ils  les  méprisaient.

 

 

 

Ces deux groupes  se disputaient souvent,  par  exemple  pour une histoire de pain  :  les anciens  habitants   ne mettaient pas  de levain  dans  la pâte à pain,  leur  pain  était  plat.  Alors que les nouveaux   mettaient  du  levain  pour  faire  gonfler  leur  pain.

                                

 

De plus,  les  gens   se moquaient  des nouveaux arrivants  qui avaient  beaucoup de difficultés  pour s’habituer  à la dure vie  de Fort Yukon.

Ils trouvaient  très amusant  que Croc Blanc  tue leurs chiens.  Chaque fois qu’un bateau arrivait,  ils laissaient leur travail  et allaient regarder   les   attaques du loup et de sa bande de chiens  indiens.

Les  victoires  du  jeune  loup  les  faisaient  beaucoup  rire.

 

 

>>>> chapitre VI,  4/ >>>>>

 

 

 

 

Croc-Blanc, chapitre VI – les ennemis , 2/

<<<< chapitre VI, 1/

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Le  chien  Lip-Lip  étant  mort  de  faim,  Croc Blanc   devint   chef   d’attelage  pour  tirer  le  traineau.

Il courait  en  tête  . On lui donnait  alors  les meilleurs  morceaux de viande   mais   les autres chiens   le détestèrent.   Maintenant,  il devait  lui aussi  courir  le plus vite possible  en tirant  le traîneau  pour  ne pas être mordu.   Il  ne pouvait pas  se défendre  à cause du fouet  du  jeune  Indien  Mit-Sah.  Il devint l’ennemi  de tous les chiens.

chiens traineau

 

Le soir,  il les attaquait  pour se venger.  Les chiens  sentaient bien  qu’il était différent, plus sauvage,  et ils ne l’aimaient pas.  Ils voulaient  le tuer.  Ils l’attaquaient   à plusieurs. Mais  Croc Blanc  était  toujours  le plus fort.

Croc Blanc  allait avoir  cinq ans.   Son maître   l’emmena  faire  un autre voyage  à travers  les Montagnes Rocheuses.

Dès  qu’il rencontrait  un chien seul,   il se jetait  sur lui  et le tuait.   Il était  devenu un vrai champion  dans ces bagarres  contre les chiens.   La lutte  ne durait  jamais très longtemps.   Comme ses frères,  les loups sauvages,  il savait  se tenir  à l’écart de l’adversaire  et bondir  au bon moment.   Il n’était presque  jamais blessé.

 

Ils  arrivèrent  à  Fort  Yukon ,  en  Alaska,  durant  l’été  1898.  Des  milliers  de  personnes  qui  cherchaient  de  l’or  passaient  pas  là  et  s’arrêtaient  quelques  jours.

 

Castor-Gris  avait  apporté  dans  son  traineau  des  fourrures,  des  moufles,  des  mocassins.  Il  put  les  vendre  très  cher.

C’était  la  première  fois  que Croc-Blanc  vit  des hommes blancs.  Ils  étaient  peu  nombreux,  habitaient  des  maisons  en  bois.

Tous  les  2  ou 3  jours,  un  grand  bateau  apparaissait,  des  hommes  blancs  descendaient  pour  quelques  heures  puis  repartaient.

 

Ces  hommes  blancs  paraissaient  très  puissants,  et   leurs  chiens  étaient  étonnants :  des  petits,  des  grands,  des  animaux  à  pattes  courtes,  d’autres  à  longues  pattes.  Leurs  poils  étaient  parfois  si  court  qu’on  dirait  qu’ils  n’en  avaient  pas.

Ces  chiens  ne  savaient  pas  se battre.  Croc-Blanc  les méprisa  et il s’amusait  à les tuer.

bagarre

Quand  un chien  d’homme  blanc  arrivait,  en  voyant  le  loup,  il  aboyait  et se jetait  sur lui.  Croc-Blanc sautait  sur le côté,  faisait tomber  son adversaire  sur le dos  et  l’égorgeait.  Puis il filait  se cacher.  Les  autres  chiens  indiens  se jetaient  sur la victime.  Un jour,  un homme  blanc  en  colère  prit  son revolver  et  tua  6  chiens  indiens.

 

Croc-Blanc  comprit  que  les  armes à feu  étaient  très  puissantes.

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>>>>>  chapitre VI, 3/

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Croc-Blanc, chapitre VI – la famine, 1/

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Deux ans  plus tard,  il y eut  une terrible famine  dans la région  du Mackenzie.

Le poisson  manqua  tout l’été.  Puis, en hiver,  on ne vit  aucun caribou.  Les élans  étaient rares  et les lièvres  avaient disparu.

Les hommes  avaient très faim.  Les plus faibles,  les malades,  moururent.  Les femmes  et les enfants ne mangeaient rien.  Seuls les chasseurs  mangeaient un tout petit peu  pour avoir  la force d’aller chasser.

Les hommes  se mirent à manger  le cuir  de  leurs moufles  et  de leurs mocassins.

Les chiens  rongeaient les fouets,  les cordes,  les lanières.  Puis les chiens  commencèrent  à se dévorer  entre eux  et les hommes  mangèrent  les chiens.

Croc Blanc  et d’autres chiens  jeunes et courageux  s’enfuirent.  Mais dans la forêt,  ils moururent presque tous de faim  ou dévorés par les loups.

Croc Blanc  survécut  car  il était né dans la nature  et avait appris  à se débrouiller  sans les hommes  dans son enfance.  Il se nourrit  pendant  quelques semaines  en attrapant  du petit gibier.  Il se tenait  caché,  immobile  pendant  des heures,  surveillant  un écureuil  et attendant  qu’il descende  de l’arbre.  Alors  il bondissait  sur le petit animal  et le mangeait.  Mais  les écureuils  disparurent  aussi.   Alors  il s’attaqua  à des mulots  dans leurs terriers  et même  aux féroces belettes.

Un jour,  il rencontra  un jeune loup  maigre  et presque  mort de faim.  Croc Blanc  aurait pu  être  son ami  et retrouver  une meute sauvage.   Mais  il était  si affamé  qu’il se jeta  sur le louveteau, le tua et le mangea.

Croc Blanc  avait  de la chance.  Il trouvait  des animaux  plus faibles  que lui  et  qu’il pouvait manger.  Il dévora  même un lynx  et  le lendemain,  une troupe de loups essaya de l’attraper.   Mais comme  il venait de manger,  il fut  plus rapide  que ses adversaires  et put se sauver.

Croc Blanc  retrouva  la grotte  où il était né.   Il y dormit  quelques  nuits.

Plus tard,  il retrouva   un campement   d’Indiens   au bord du Mackenzie.   Il  l’observa  pendant quelques heures.  Il  entendit  des cris de femmes  et  des rires d’enfants.   Il comprit   que leurs estomacs  étaient pleins.  Une odeur  de poisson grillé  flottait  dans l’air.   La nourriture ne manquait plus  et la famine  s’en était allée.

Alors  il sortit de la forêt  et,   trottant  à travers le village,   vint droit à la tente  de Castor Gris.  Celui-ci  n’était pas là  mais  sa femme   Klou Klouch  reçut Croc Blanc  avec  des cris  de joie.   Elle lui donna  du poisson  et il se coucha  en attendant  le retour   de Castor Gris.

 

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Croc Blanc, chapitre V – La piste des hommes, 5/

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Kiche,  sa  mère,  était  devenue  un souvenir  lointain  du passé.

Le louveteau  avait abandonné  la liberté  pour toujours,   il  vivra  avec  des  hommes.

L’Indien  Castor-Gris,  sa famille  et ses chiens  repartirent  en voyage.   Ils  arrivèrent au  nouveau  camp  en avril.

Croc-Blanc avait un an.  Il était  devenu  l’animal  le plus grand  et le plus fort de tous.   Il avait le pelage gris  et la force d’un loup  mais  il était  apprivoisé  presque comme un chien.  Les autres chiens  ne l’attaquaient  plus du tout.

 

 

Il y avait  un vieux chien   qui s’appelait  Basik.    Croc-Blanc le rencontra pour la première fois  lors du  dépeçage  d’un élan.    Les  chasseurs  avaient  tué  cet  élan  et  le  découpaient  en  morceaux.

 

Le louveteau   avait reçu un sabot  avec   un morceau de viande.    Il le dévorait   tranquillement   derrière un buisson   quand Basik  s’élança sur lui.  Croc-Blanc  le mordit profondément  et il recula. Basik, très surpris,   resta  sur place.   Les deux  adversaires  se regardaient,   l’os saignant entre eux. Basik  regardait  Croc-Blanc  d’un air menaçant.   Il savait  que le jeune loup  était devenu  plus fort que lui.   Mais l’odeur fraîche  de la viande  qui montait  à ses narines   l’attirait tellement   qu’il ne put attendre   que Croc-Blanc  soit parti.

Quant il saisi le sabot,  le louveteau  se jeta sur lui,  lui déchira l’oreille,   le mordit à la gorge  et à l’épaule.   Basik  comprit  qu’il était  devenu  trop vieux   pour se battre  avec un jeune loup   et il s’éloigna.

 

Grâce à cette  nouvelle victoire,  Croc-Blanc  put se promener  dans le camp  sans peur et  sans honte. Jamais plus  il ne reculait  devant un chien,   il ne craignait   ni les crocs  ni les pierres.   Il allait droit devant,  sauvage et   solitaire,   ne regardant  ni derrière lui   ni autour de lui.   Il ne voulait  ni ennemis, ni amis.  La seule chose qu’il  voulait  c’était  avoir  la paix.

 

Au milieu de l’été,  alors  qu’il se promenait  dans la forêt,  il tomba  nez à nez  avec Kiche,  sa mère. Elle était assise  devant une tente  toute neuve  que Croc-Blanc  n’avait  pas vu  auparavant.

Il s’arrêta net  en la voyant.  Il la regarda.  A son approche,  Kiche  se mit à gronder.   Avec joie, il s’avança vers elle  pour la lécher.   Mais elle montra ses crocs   et le mordit   de toutes ses forces   à la joue !   Croc-Blanc  recula d’un pas, il ne comprenait pas.  Il ne savait pas   qu’une mère loup   ne reconnaissait pas   ses enfants   quand ils avaient grandi.

Kiche avait  d’autres louveteaux  maintenant,   aussi elle ne le reconnut  pas.   Pour elle,  il était devenu un étranger,  un danger  pour ses nouveaux  petits.  Un des louveteau  vint renifler  Croc-Blanc entre ses pattes.  Kiche  le mordit encore.  Le jeune loup  gémit  et recula.

Alors il regarda Kiche lécher  ses petits  et il partit.   Il se dirigea  vers le camp  à petits pas.

 

Il venait aussi  de comprendre  que les mâles  ne s’attaquent  jamais aux femelles.  Dans les jours qui suivirent,  il oublia  complètement  sa mère.

Les mois passèrent.  Croc-Blanc  était devenu  comme un vrai chien adulte.

S’ il n’était pas  venu vivre  avec les hommes,  il serait devenu  un vrai loup  sauvage  du Grand Nord. Mais les hommes  lui avaient appris  leurs lois.   Comme il n’avait pas  pu se faire accepter  par les chiens,  il était devenu  un animal  féroce et solitaire.   Son maître était  très fier de lui.