Croc Blanc, chapitre VI – les ennemis, 5/

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« Donne-moi  beaucoup  de whisky,  dit l’Indien  Castor-Gris  à   Beauty,   et ce chien  est à toi  si tu arrives  à l’attraper !  »

On amena  les bouteilles  à Castor-Gris  et  deux jours  plus tard,  Beauty  revint au camp :

« Attrape ce chien !  dit-il à l’Indien »

Le lendemain soir,  quand   Croc Blanc   vint se coucher  dans la  tente  de Castor-Gris,   l’Indien se leva et lui attacha une corde autour du cou.   Puis il se rassit , en tenant  d’une main le loup , et de l’autre   main   une bouteille d’alcool.

Une heure après,  Croc Blanc  entendit Beauty arriver.  Il essaya  de s’échapper  mais son maître  tint la corde plus fort.   Le mauvais homme  entra  sous la tente,  le loup gronda  et montra les crocs.   La main de Beauty   s’approchait  lentement de lui.  Croc Blanc s’aplatit sur le sol.   La colère  et la peur   le faisait gronder.    Il  essaya   de mordre  la  main,  mais  elle  fut plus rapide   et   les crocs   claquèrent dans le vide.

Beauty était furieux  et avait  eu   peur.   Castor Gris frappa le jeune loup qui se coucha par terre.

Beauty Smith  repartit  et  revint  avec  un gros bâton.  Il saisit la corde  et  commença à tirer.  Croc Blanc  refusait d’avancer.  Il essaya  de mordre  son ennemi  au bras  mais il reçut  un terrible  coup de bâton  sur le dos.  Beauty  tira à nouveau  sur la laisse  et Croc Blanc  le suivit  jusqu’au Fort,  en tremblant  et grondant,  la tête basse.

Pendant la nuit,  Croc Blanc  qui était attaché  dehors,  coupa la corde  avec ses dents  et s’enfuit.  Il retourna  au camp Indien.

Mais  Castor Gris  l’attacha  et le ramena  le lendemain  à Beauty.  Celui-ci prit  un bâton  et un fouet  et battit Croc Blanc pour le punir. Il  le frappa  fort et longtemps,  avec joie.  C’était sa façon  de se venger  de la nature  qui l’avait rendu  si laid  et si mauvais.  Le loup  hurlait  de douleur.  Il comprenait  pourquoi il était puni.  Il savait  maintenant  que son maître  voulait  qu’il parte  avec ce monstre.

Il n’aimait  pas  Castor Gris  mais  il était fidèle  comme un vrai chien.  C’était lui son maître  et il aurait voulu  rester  avec lui.

La punition  terminée,  Beauty  le ramena  au Fort  et l’attacha  très solidement.

 

 

La nuit suivante,  Croc Blanc  passa  plusieurs heures  à ronger  la corde  et s’enfuit à  nouveau.

Il aurait  du partir  loin  mais l’instinct  de fidélité était plus fort  que la sagesse.

Il retourna  vers Castor Gris.  Le lendemain,  il reçut  une punition  encore plus terrible.  Les deux hommes  étaient  furieux.   Beauty Smith  ne s’arrêta  de frapper  que lorsqu’il eut   mal au bras. Croc Blanc  était  presque mort.  Castor Gris  regardait  sans le protéger.

Beauty ramena le loup au fort  en le traînant  car il ne pouvait  plus marcher.

Il l’attacha  cette fois  à une chaîne  avec un cadenas.  Croc Blanc ne pourrait  plus s’enfuir. Quand Castor-Gris,  malade à cause de l’alcool,  repartit vers le Mackenzie,  le  loup  resta à Fort Yukon, avec  pour maître  un  homme  mauvais  et à moitié fou.

                   

 

 

 

 

 

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Croc Blanc, chapitre VI – les ennemis, 4/

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Un  homme  s’intéressait  beaucoup  aux  attaques  de  Croc Blanc  contre  les chiens.

Dès qu’il entendait  la sirène  du bateau,  il arrivait en courant  et il repartait  toujours le dernier,  triste que le combat  soit  déjà fini.   Quand  un pauvre chien  du Sud  avait été battu  par Croc Blanc   puis mis en pièces   par les autres chiens,   il sautait de joie.   Il regardait toujours   Croc Blanc   avec un regard  d’envie.

Les habitants du fort  l’avait surnommé  Beauty (beauté  en anglais)  car il  était très laid.

Il était  tout petit,  très maigre  et avait  une tête minuscule, un peu  pointue.

L’arrière de son crâne  était tout plat.  Sous  son front  bas et large,  il avait  de gros yeux  ronds,  écartés.

Son menton  était énorme  et lourd.   On aurait dit  qu’il n’avait pas  de cou.

Ses mâchoires de cheval   portaient  des dents longues et jaunes,  et ses canines,  encore plus longues,  sortaient   entre ses lèvres comme des crocs.

Ses cheveux,  couleur de boue comme ses yeux,  ressemblaient  à de mauvaises herbes  sur sa tête.

Beauty  était  un monstre.  Bien sûr,  cela  n’était pas  de sa faute  s’il était né ainsi.  Il travaillait  au fort,  faisait  la cuisine,  la vaisselle  et  tous les gros travaux.   Les autres hommes  ne l’aimaient pas,  mais ils le laissaient  tranquille.

On avait  peur de lui,  car il avait  des colères terribles.   Il pouvait alors  tirer dans le dos  de quelqu’un ou   empoisonner son café.

Cet homme rêvait  de devenir  le maître  de Croc Blanc.  Il essaya  de  s’approcher  de lui,  mais  le jeune loup  lui montrait  les crocs,   le poil hérissé  et lui tournait le dos.  Il avait   peur  de cet homme  et il ne  l’aimait pas.

Croc Blanc  sentait bien  que Beauty était  mauvais,  dans sa tête  comme dans son corps.  Il décida  qu’il serait  un ennemi.

Beauty  décida  d’aller au campement indien  pour  acheter  le jeune loup  à Castor-Gris.

Croc-Blanc,  en le  voyant  arriver,  s’éloigna rapidement et  regarda de loin.  Il ne comprenait pas  ce qu’ils disaient  mais il vit  l’homme  le montrer du doigt. Il se mit à gronder,  et l’homme  éclata de rire.  Il alla  se cacher  dans la forêt.

Castor-Gris  refusait  de vendre  Croc Blanc.  C’était  son chien  de traîneau  le plus fort  et le meilleur combattant  des régions  du Mackenzie  et du Yukon.  Aucun chien  ne pouvait  le battre.  Il pouvait  tuer un adversaire  aussi facilement  qu’un homme  écrase une mouche.

Mais Beauty  savait  comment discuter  avec les Indiens.  Il revint  souvent voir Castor-Gris,  en amenant  une ou deux bouteilles  de whisky.   Castor-Gris  prit l’habitude  de boire de l’alcool  et il en eut  de plus en plus  besoin.

Son estomac réclamait  de plus en plus  d’alcool.  Son cerveau  eut aussi  de plus en plus  envie de whisky.

 

Il utilisa alors  l’argent  qu’il avait gagné  en vendant  ses fourrures  et les mocassins  pour  acheter  de  l’alcool.  Castor-Gris  avait toujours  plus soif  et il ne comprenait pas  ce qu’il  lui arrivait.  A la fin,  il ne lui resta  plus rien,  ni argent,  ni marchandises.  Il ne lui restait plus   que la soif d’alcool.

 

Alors Beauty  revint  lui parler  de Croc Blanc.   Cette fois , il lui offrait  des bouteilles  en échange du loup.    Finalement, Castor-Gris fut d’accord.

Beauty  devenait  le  propriétaire  de  Croc-Blanc.

 

 

 

>>>> chapitre VI, 5/ >>>>

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre VI – les ennemis, 3/

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Ces combats  faciles  contre  les  chiens   devinrent  le  seul jeu  de  Croc Blanc.

Castor-Gris, occupé  à vendre  ses fourrures,  ne s’occupait pas de lui.

La bande des  chiens  de traineau  indiens  suivait toujours  Croc Blanc.

Dès qu’un chien étranger  voyait  Croc Blanc,   il sentait   que c’était  un loup,  différent, sauvage et dangereux.    Par instinct,   le  chien  échappait   à son maître et se jetait sur  Croc Blanc.  Mais  le  loup,  plus fort,  le blessait à mort.

 

Les  autres chiens  de traîneau   dévoraient   le  malheureux  chien étranger  dès que Croc Blanc s’était éloigné.

Croc Blanc  avait pris  l’habitude  de tuer les chiens  car ceux-ci  l’attaquaient toujours.   Il était devenu  féroce et brutal  à cause  de tout  ce qu’il  avait vécu auparavant.

Si Liplip  ne l’avait pas poursuivi  quand il était petit,  il aurait pu  grandir  avec les autres chiots  et aurait pu  les aimer.  Si Castor-Gris  avait été  moins brutal  et plus gentil,   Croc Blanc  aurait pu apprendre l’amour.

 

Les hommes blancs de Fort Yukon étaient divisés en deux clans.

Ceux qui   habitaient là  depuis longtemps  n’aimaient  pas  les hommes  qui arrivaient  en bateau  par le fleuve.   Ils  les  méprisaient.

 

 

 

Ces deux groupes  se disputaient souvent,  par  exemple  pour une histoire de pain  :  les anciens  habitants   ne mettaient pas  de levain  dans  la pâte à pain,  leur  pain  était  plat.  Alors que les nouveaux   mettaient  du  levain  pour  faire  gonfler  leur  pain.

                                

 

De plus,  les  gens   se moquaient  des nouveaux arrivants  qui avaient  beaucoup de difficultés  pour s’habituer  à la dure vie  de Fort Yukon.

Ils trouvaient  très amusant  que Croc Blanc  tue leurs chiens.  Chaque fois qu’un bateau arrivait,  ils laissaient leur travail  et allaient regarder   les   attaques du loup et de sa bande de chiens  indiens.

Les  victoires  du  jeune  loup  les  faisaient  beaucoup  rire.

 

 

>>>> chapitre VI,  4/ >>>>>

 

 

 

 

Croc-Blanc, chapitre VI – les ennemis , 2/

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Le  chien  Lip-Lip  étant  mort  de  faim,  Croc Blanc   devint   chef   d’attelage  pour  tirer  le  traineau.

Il courait  en  tête  . On lui donnait  alors  les meilleurs  morceaux de viande   mais   les autres chiens   le détestèrent.   Maintenant,  il devait  lui aussi  courir  le plus vite possible  en tirant  le traîneau  pour  ne pas être mordu.   Il  ne pouvait pas  se défendre  à cause du fouet  du  jeune  Indien  Mit-Sah.  Il devint l’ennemi  de tous les chiens.

chiens traineau

 

Le soir,  il les attaquait  pour se venger.  Les chiens  sentaient bien  qu’il était différent, plus sauvage,  et ils ne l’aimaient pas.  Ils voulaient  le tuer.  Ils l’attaquaient   à plusieurs. Mais  Croc Blanc  était  toujours  le plus fort.

Croc Blanc  allait avoir  cinq ans.   Son maître   l’emmena  faire  un autre voyage  à travers  les Montagnes Rocheuses.

Dès  qu’il rencontrait  un chien seul,   il se jetait  sur lui  et le tuait.   Il était  devenu un vrai champion  dans ces bagarres  contre les chiens.   La lutte  ne durait  jamais très longtemps.   Comme ses frères,  les loups sauvages,  il savait  se tenir  à l’écart de l’adversaire  et bondir  au bon moment.   Il n’était presque  jamais blessé.

 

Ils  arrivèrent  à  Fort  Yukon ,  en  Alaska,  durant  l’été  1898.  Des  milliers  de  personnes  qui  cherchaient  de  l’or  passaient  pas  là  et  s’arrêtaient  quelques  jours.

 

Castor-Gris  avait  apporté  dans  son  traineau  des  fourrures,  des  moufles,  des  mocassins.  Il  put  les  vendre  très  cher.

C’était  la  première  fois  que Croc-Blanc  vit  des hommes blancs.  Ils  étaient  peu  nombreux,  habitaient  des  maisons  en  bois.

Tous  les  2  ou 3  jours,  un  grand  bateau  apparaissait,  des  hommes  blancs  descendaient  pour  quelques  heures  puis  repartaient.

 

Ces  hommes  blancs  paraissaient  très  puissants,  et   leurs  chiens  étaient  étonnants :  des  petits,  des  grands,  des  animaux  à  pattes  courtes,  d’autres  à  longues  pattes.  Leurs  poils  étaient  parfois  si  court  qu’on  dirait  qu’ils  n’en  avaient  pas.

Ces  chiens  ne  savaient  pas  se battre.  Croc-Blanc  les méprisa  et il s’amusait  à les tuer.

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Quand  un chien  d’homme  blanc  arrivait,  en  voyant  le  loup,  il  aboyait  et se jetait  sur lui.  Croc-Blanc sautait  sur le côté,  faisait tomber  son adversaire  sur le dos  et  l’égorgeait.  Puis il filait  se cacher.  Les  autres  chiens  indiens  se jetaient  sur la victime.  Un jour,  un homme  blanc  en  colère  prit  son revolver  et  tua  6  chiens  indiens.

 

Croc-Blanc  comprit  que  les  armes à feu  étaient  très  puissantes.

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>>>>>  chapitre VI, 3/

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Croc-Blanc, chapitre VI – la famine, 1/

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Deux ans  plus tard,  il y eut  une terrible famine  dans la région  du Mackenzie.

Le poisson  manqua  tout l’été.  Puis, en hiver,  on ne vit  aucun caribou.  Les élans  étaient rares  et les lièvres  avaient disparu.

Les hommes  avaient très faim.  Les plus faibles,  les malades,  moururent.  Les femmes  et les enfants ne mangeaient rien.  Seuls les chasseurs  mangeaient un tout petit peu  pour avoir  la force d’aller chasser.

Les hommes  se mirent à manger  le cuir  de  leurs moufles  et  de leurs mocassins.

Les chiens  rongeaient les fouets,  les cordes,  les lanières.  Puis les chiens  commencèrent  à se dévorer  entre eux  et les hommes  mangèrent  les chiens.

Croc Blanc  et d’autres chiens  jeunes et courageux  s’enfuirent.  Mais dans la forêt,  ils moururent presque tous de faim  ou dévorés par les loups.

Croc Blanc  survécut  car  il était né dans la nature  et avait appris  à se débrouiller  sans les hommes  dans son enfance.  Il se nourrit  pendant  quelques semaines  en attrapant  du petit gibier.  Il se tenait  caché,  immobile  pendant  des heures,  surveillant  un écureuil  et attendant  qu’il descende  de l’arbre.  Alors  il bondissait  sur le petit animal  et le mangeait.  Mais  les écureuils  disparurent  aussi.   Alors  il s’attaqua  à des mulots  dans leurs terriers  et même  aux féroces belettes.

Un jour,  il rencontra  un jeune loup  maigre  et presque  mort de faim.  Croc Blanc  aurait pu  être  son ami  et retrouver  une meute sauvage.   Mais  il était  si affamé  qu’il se jeta  sur le louveteau, le tua et le mangea.

Croc Blanc  avait  de la chance.  Il trouvait  des animaux  plus faibles  que lui  et  qu’il pouvait manger.  Il dévora  même un lynx  et  le lendemain,  une troupe de loups essaya de l’attraper.   Mais comme  il venait de manger,  il fut  plus rapide  que ses adversaires  et put se sauver.

Croc Blanc  retrouva  la grotte  où il était né.   Il y dormit  quelques  nuits.

Plus tard,  il retrouva   un campement   d’Indiens   au bord du Mackenzie.   Il  l’observa  pendant quelques heures.  Il  entendit  des cris de femmes  et  des rires d’enfants.   Il comprit   que leurs estomacs  étaient pleins.  Une odeur  de poisson grillé  flottait  dans l’air.   La nourriture ne manquait plus  et la famine  s’en était allée.

Alors  il sortit de la forêt  et,   trottant  à travers le village,   vint droit à la tente  de Castor Gris.  Celui-ci  n’était pas là  mais  sa femme   Klou Klouch  reçut Croc Blanc  avec  des cris  de joie.   Elle lui donna  du poisson  et il se coucha  en attendant  le retour   de Castor Gris.

 

>>>>  chapitre VI, 2/ >>>

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre V – La piste des hommes, 5/

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Kiche,  sa  mère,  était  devenue  un souvenir  lointain  du passé.

Le louveteau  avait abandonné  la liberté  pour toujours,   il  vivra  avec  des  hommes.

L’Indien  Castor-Gris,  sa famille  et ses chiens  repartirent  en voyage.   Ils  arrivèrent au  nouveau  camp  en avril.

Croc-Blanc avait un an.  Il était  devenu  l’animal  le plus grand  et le plus fort de tous.   Il avait le pelage gris  et la force d’un loup  mais  il était  apprivoisé  presque comme un chien.  Les autres chiens  ne l’attaquaient  plus du tout.

 

 

Il y avait  un vieux chien   qui s’appelait  Basik.    Croc-Blanc le rencontra pour la première fois  lors du  dépeçage  d’un élan.    Les  chasseurs  avaient  tué  cet  élan  et  le  découpaient  en  morceaux.

 

Le louveteau   avait reçu un sabot  avec   un morceau de viande.    Il le dévorait   tranquillement   derrière un buisson   quand Basik  s’élança sur lui.  Croc-Blanc  le mordit profondément  et il recula. Basik, très surpris,   resta  sur place.   Les deux  adversaires  se regardaient,   l’os saignant entre eux. Basik  regardait  Croc-Blanc  d’un air menaçant.   Il savait  que le jeune loup  était devenu  plus fort que lui.   Mais l’odeur fraîche  de la viande  qui montait  à ses narines   l’attirait tellement   qu’il ne put attendre   que Croc-Blanc  soit parti.

Quant il saisi le sabot,  le louveteau  se jeta sur lui,  lui déchira l’oreille,   le mordit à la gorge  et à l’épaule.   Basik  comprit  qu’il était  devenu  trop vieux   pour se battre  avec un jeune loup   et il s’éloigna.

 

Grâce à cette  nouvelle victoire,  Croc-Blanc  put se promener  dans le camp  sans peur et  sans honte. Jamais plus  il ne reculait  devant un chien,   il ne craignait   ni les crocs  ni les pierres.   Il allait droit devant,  sauvage et   solitaire,   ne regardant  ni derrière lui   ni autour de lui.   Il ne voulait  ni ennemis, ni amis.  La seule chose qu’il  voulait  c’était  avoir  la paix.

 

Au milieu de l’été,  alors  qu’il se promenait  dans la forêt,  il tomba  nez à nez  avec Kiche,  sa mère. Elle était assise  devant une tente  toute neuve  que Croc-Blanc  n’avait  pas vu  auparavant.

Il s’arrêta net  en la voyant.  Il la regarda.  A son approche,  Kiche  se mit à gronder.   Avec joie, il s’avança vers elle  pour la lécher.   Mais elle montra ses crocs   et le mordit   de toutes ses forces   à la joue !   Croc-Blanc  recula d’un pas, il ne comprenait pas.  Il ne savait pas   qu’une mère loup   ne reconnaissait pas   ses enfants   quand ils avaient grandi.

Kiche avait  d’autres louveteaux  maintenant,   aussi elle ne le reconnut  pas.   Pour elle,  il était devenu un étranger,  un danger  pour ses nouveaux  petits.  Un des louveteau  vint renifler  Croc-Blanc entre ses pattes.  Kiche  le mordit encore.  Le jeune loup  gémit  et recula.

Alors il regarda Kiche lécher  ses petits  et il partit.   Il se dirigea  vers le camp  à petits pas.

 

Il venait aussi  de comprendre  que les mâles  ne s’attaquent  jamais aux femelles.  Dans les jours qui suivirent,  il oublia  complètement  sa mère.

Les mois passèrent.  Croc-Blanc  était devenu  comme un vrai chien adulte.

S’ il n’était pas  venu vivre  avec les hommes,  il serait devenu  un vrai loup  sauvage  du Grand Nord. Mais les hommes  lui avaient appris  leurs lois.   Comme il n’avait pas  pu se faire accepter  par les chiens,  il était devenu  un animal  féroce et solitaire.   Son maître était  très fier de lui.

 

 

 

Croc Blanc, chapitre V – La piste des hommes, 4/

<<<  chapitre  V,  3 <<<

 

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Croc-Blanc  faisait bien  son travail.  Il avait presque  oublié  sa mère.  Il se conduisait  en bon chien  de traîneau  pour obéir  à son maître.

Quand  il n’était pas  dans l’attelage,  il restait  à l’écart  des chiens  qui ne l’acceptaient  toujours pas comme  un des leurs.   Mais si  l’un d’eux  s’approchait seul  de lui,  il lui sautait  dessus.   Alors les chiens avaient  peur  de lui.

Il continuait à suivre  la seule loi importante  pour lui :  obéir  au plus fort et  écraser  les plus faibles. De plus,  il essayait  toujours de voler  le repas  des chiens.  Ceux-ci  devaient  manger  le plus vite  possible  car ils savaient  qu’ils ne pourraient pas   se défendre.  Le jeune loup  était devenu  leur maître  car il était  plus fort.

Par contre, il obéissait  à Castor-Gris  qui était encore plus fort.  Il ne ressentait  aucun amour  pour son maître.  C’était  un homme violent  qui ne donnait  jamais de caresses.

Le voyage  à travers le Grand Nord d ura plusieurs mois.  Ils arrivèrent  enfin au campement  près d’un lac.

 

 

 

Dans les campements,  les chiens  avaient le droit  de ramasser  les déchets  de viande  pour se nourrir.

 

Un jour, Croc Blanc  s’approcha  d’un garçon  qui découpait  de la viande d’élan  et commença à manger les déchets.   Mais le garçon  prit un bâton  et se dirigea vers lui.   Le louveteau  s’enfuit mais comme  il ne connaissait pas  encore bien le camp,  il se retrouva vite coincé  entre deux tentes  et le jeune indien.  Celui-ci allait  le frapper.

Croc-Blanc  était furieux  car  il n’avait rien fait de mal.   Il se jeta sur le garçon et le mordit à la main. Pourtant,  il savait  que c’était absolument  interdit de mordre  un homme  et qu’il allait  recevoir  une  terrible punition.

Il s’enfuit près de Castor-Gris  et s’aplatit  derrière ses jambes  quand le garçon  vint se plaindre  avec ses parents.  Mais  Castor-Gris,  sa femme Klou Klouch,   et  son  fils  Mit-Sah  ne voulurent  pas  punir le louveteau.

Les deux familles se disputèrent.  Croc-Blanc écoutait  la bataille des mots  sans bouger.   Il avait compris que  seuls ses maîtres  pouvaient  le frapper  quand ils le voulaient  et  qu’il n’était pas obligé  d’obéir  aux autres.

Plus tard,  Mit-Sah  alla seul  dans la forêt  pour ramasser du bois  pour le feu.  Il rencontra  le garçon qui avait été mordu.  Ils recommencèrent  à se disputer.  Bientôt, d’autres garçons  accoururent  et ils attaquèrent tous  Mit-Sah.

Le combat  fut dur  pour lui,  et il recevait  des coups de droite  et de gauche.   D’abord, Croc-Blanc regardait  ce qu’il se passait.   Puis il bondit  au milieu  des combattants.   Cinq minutes après, il y avait  des combattants en fuite  dans toutes les directions   et du sang sur la neige.

Lorsque,  de retour à la tente, Mit-Sah raconta l’aventure,  Castor-Gris donna  beaucoup de viande  à Croc-Blanc.

Le louveteau  avait compris  que c’était bien  de défendre ses maîtres,  même  en mordant  d’autres hommes.

 

 

>>>  chapitre  V,   5/ >>>>

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre V – La piste des hommes, 3/

<<< chapitre V, 2 <<<

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A la fin  de décembre,  Castor-Gris  partit en voyage  sur la glace  du fleuve  Mackenzie, accompagné  de son fils  Mit-Sah  et de sa femme  Klou Klouch.

Il conduisait  un traîneau conduit  par les plus gros chiens.

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Un second traîneau, plus petit,  était mené  par Mit-Sah  avec les jeunes chiens.

Ce traîneau  était  plutôt  un jouet mais le jeune indien   était très fier.   Il apprenait  ainsi à mener  les chiens.

Ce petit traîneau  transportait  quand même  cent kilos  de bagages  et de nourriture.

 

On attela  Croc Blanc  pour la première fois.  On lui passa  un gros collier  autour du cou relié  à une courroie  qui se croisait  sur sa poitrine  et sur son dos.   A cette courroie était attachée  une longue corde  qui servait à tirer le traîneau.

 

Six autres chiens  étaient attelés  avec lui . Ils avaient  neuf ou dix mois,  le louveteau avait  huit  mois.   Chaque bête tirait le traîneau  à l’aide d’une corde.  Les cordes étaient toutes de longueur différente.

Le traîneau  était en écorce de bouleau  et son avant  se relevait  pour ne pas s’enfoncer  dans la neige.

La différence de longueur  des cordes  empêchait  les chiens  de se battre entre eux.

Si un chien se retournait  pour mordre  celui qui le suivait , il recevait un coup de fouet  sur le nez.

Par contre,  si un chien  voulait attaquer  celui qui était devant lui,  il devait  courir  plus vite,  ainsi que le chien poursuivi  qui avait peur d’être mordu.   Ils tiraient  donc le traîneau plus fort   et tous les chiens  de l’attelage  accéléraient.

Mit-Sah  avait remarqué  que Liplip  était très méchant  avec Croc-Blanc.  Il avait  alors eu l’idée  de l’attacher  à la plus longue  corde  de l’attelage. traineau

Liplip marchait donc en tête.   Tout le groupe des chiens  avec le louveteau  put alors  le poursuivre.  Liplip dut courir  toute la journée  le plus vite possible  avec la crainte d’être mordu.   Quand il essayait  de se retourner  pour mordre ses poursuivants,   Mit-Sah  lui donnait  un coup de son fouet  long de cinq mètres.   Pour que les chiens aient encore plus  envie de l’attaquer,  il donnait à Liplip  les plus beaux morceaux  de viande,  ce qui rendait  les autres  jaloux et furieux.

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>>> chapitre V,  4  >>>

 

 

 

 

Croc Blanc, chapitre V – La piste des hommes, 2/

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Le louveteau  était  perdu  dans  la  forêt.  Il   n’aurait  jamais retrouvé   les  Indiens  s’il n’avait pas entendu   un coup de feu.

Le  maître  de  Croc-Blanc   avait décidé de traverser le  fleuve  et s’était installé  sur l’autre rive   avec  sa famille.

Klou Klouch,   la femme de Castor Gris,   avait aperçu un élan   et  avait tiré un coup de fusil   pour   tuer  l’animal  et  avoir  de  la viande.

Croc Blanc,  qui  entendit  le  coup  de feu,    traversa le fleuve et retrouva la piste des hommes,  en  flairant  leur  odeur.

En trébuchant  et en boitant,  il suivit  cette piste  parmi les arbres.

Les bruits des campements   arrivèrent   enfin  à ses oreilles  et bientôt,   il vit la lueur du feu.

Klou Klouch faisait la cuisine et Castor-Gris mangeait.   Il y avait de la viande fraîche dans le camp !

Le louveteau  s’attendait  à être battu.   Il s’aplatit  sur le sol  et  avança  quand même.   Il détestait  la punition   qu’il allait recevoir,   mais il savait   qu’il retrouverait  la chaleur du feu,   la protection des hommes  et la compagnie des chiens.

Il avança donc  et se traîna  sur le ventre  jusqu’à  la lumière du feu.

Castor-Gris l’aperçut  et s’arrêta de manger.   Croc-Blanc rampa vers lui,    la tête basse,   honteux. Finalement,   il se coucha aux pieds de son maître.   Il tremblait  en attendant  sa punition.

 

Il vit la main de Castor-Gris  bouger   et il s’aplatit encore plus.   Mais le coup ne tomba pas.

Le louveteau  leva les yeux.   Castor-Gris   déchirait en deux  son morceau de viande !    Castor-Gris lui donnait un  morceau  de viande  !     Il le flaira,  puis le mangea.

Castor-Gris lui donna encore  de  la  viande  et  le protégea  contre les autres chiens !

Puis,  Croc-Blanc s’étendit aux pieds de son maître,   regardant  avec amour   le feu qui le réchauffait, heureux de la compagnie des hommes.

 

>>>>> chapitre V, 3 >>>>>>

 

Croc Blanc, chapitre V – La piste des hommes, 1/

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Depuis  plusieurs jours,   tout le monde  s’agitait   dans le camp.

indiensdLes tentes   avaient été démontées : la tribu  des   Indiens   allait chercher   un autre terrain de chasse.

 

Le louveteau  ne voulait pas  partir. Il préférait  rester dans la forêt.   Il décida de s’enfuir.   Il entra dans le fleuve   où la glace commençait   à se former   et nagea le long de la rive,   puis il se blottit sous un buisson.    Les heures passèrent, il dormit.

Louveto8

Il fut soudain réveillé   par la voix  de Castor-Gris  qui l’appelait.    Il entendit aussi d’autres voix : celles  de la femme  de l’Indien  et  de son fils Mit-Sah.   Croc-Blanc   tremblait de peur   mais il ne bougea pas.   Les voix s’éloignèrent et il attendit   encore plusieurs heures.

Puis il se leva et se mit à courir joyeusement. Il se sentait heureux d’être libre.

Mais la nuit tombait,    et il se se sentit tout à coup très seul.      Il s’assit  sur son derrière  et se mit à écouter  le silence de la forêt.     Il sentait le danger partout,    un danger invisible    qui se cachait   dans l’ombre noire   des énormes troncs d’arbres.    Il faisait froid aussi,    et il n’avait  plus de tente où se réfugier.

Croc-Blanc  se souvenait  du camp  et des feux,  des voix des femmes  et des hommes,  des aboiements des chiens.  Il avait faim   et il se souvenait   des morceaux de viande   et de poisson qu’on lui jetait.    Il avait pris  l’habitude  de la compagnie  des hommes  et il ne savait plus  se débrouiller seul.   Qu’allait-il devenir ? Il avait peur.

A cause du froid,   un arbre fit entendre   un craquement violent   au-dessus de sa tête.   Il sursauta et fut pris de panique.   Il avait vraiment besoin des hommes.   Il sortit de la forêt et chercha le camp,   mais tout le monde était parti.

Où aller maintenant ?

louphIl s’assit   à l’emplacement  de la tente   de Castor-Gris,    leva sa gueule vers le ciel et poussa un long hurlement dans la nuit.

 

 

Le lendemain,   il s’enfonça  dans la forêt  pour essayer   de retrouver la piste des hommes.        Il décida de suivre  la rive du fleuve.  Il courut toute la journée.   La glace commençait à se former.     Il courait,  glissait,  nageait,  grimpait sans s’arrêter.  Il courut aussi toute la nuit.

Le deuxième jour,  il était  très fatigué  de courir.  Ses pieds saignaient.  Il se mit à neiger   et Crocs-Blanc   fut obligé   de s’arrêter.    Il était épuisé.

 

>>>>>  chapitre  V,  2/  >>>>>>>>>