Croc Blanc – chapitre VIII – 8

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Le  maître  d’amour

1/   

Assis  à l’entrée  de  leur cabane,   Matt  et Scott  regardaient  Croc Blanc.

Weedon  Scott  était  ingénieur  à  la  mine,  Matt  était  son  maître  d’attelage.  C’est  lui  qui  conduisait  le  traineau  et  s’occupait  des  chiens.

 

Depuis  deux  semaines,   Crox-Blanc  était  attaché  près  de   la  maison.   Ses  blessures  avaient  guéri  mais  le  loup  se  montrait  très  sauvage.

Le loup  tirait  de toutes ses forces  sur sa chaîne,  le poil  hérissé,  grondant  et aboyant  vers  les chiens  de Matt.   Ses  chiens  avaient  essayé  d’attaquer  le jeune loup,   mais  ils avaient   reçu  des coups de bâton  et  ils  avaient compris  qu’il ne fallait   pas  s’approcher.

« C’est un loup,  dit Scott,  nous  ne pourrons  jamais  l’apprivoiser.

– Ce n’est pas sûr,  j’ai  l’impression  qu’il  a  déjà  été apprivoisé,   et   qu’il  y a  du  chien  en lui,  répondit  Matt.

–  C’est impossible,  il est  complètement  sauvage !

– Mais non, regardez  :  il y a  des  traces  de lanières  sur sa poitrine,  dit Matt.   Cela veut dire  qu’il a déjà tiré  un traîneau !

– Ah !  Tu as raison Matt,  il  a du  être  attelé   avant  d’arriver   chez   Beauty Smith.

– Alors il  devrait  pouvoir  recommencer  à  tirer  un  traineau.

– Oh non,  c’est impossible !   Cela fait  deux semaines   que  je l’ai acheté   et  il est  de plus  en plus  sauvage !

– Laisse – moi essayer ! »

Matt  prit un bâton  et  s’approcha  de Croc Blanc.  Le chien loup  le  regarda.   Il surveillait surtout  le bâton.  L’homme  le détacha  et recula.  Croc Blanc  fut très surpris  d’être  libre. Il fit  quelques pas  en direction  de Matt  et fut aussi  surpris  de  ne pas  recevoir  des coups de bâton.

« Pauvre bête,  je vais  lui chercher  de la viande,  dit  Scott. »

Il   lui lança  un beau morceau  de viande rouge,  mais   un chien  se jeta  dessus.

« Major,  viens  ici !   hurla Matt »

C’était trop tard.  Croc Blanc  avait  attaqué  le chien  et  lui avait  déchiré  la gorge.

Matt s’approcha   du loup  avec son bâton  mais  il fut mordu  aussi à la jambe.

Scott dit alors :

« Tu vois,  il n’y a  rien à faire  avec ce loup.  C’est un vrai diable,  et  tu voudrais  qu’il devienne doux  comme un agneau…  Tuons le !

-Attends,  il  a  tué   ce chien  qui voulait  lui prendre  son  repas !   Laissons-lui  encore  une  chance !

Scott  répondit  qu’il  voulait  bien  essayer  encore,  il   s’approcha  de Croc Blanc  en  lui  parlant  doucement.

Croc  Blanc  se  méfiait.  Il  venait  de  tuer  un  chien  et  il  s’attendait  à  être  de  nouveau  battu.   Scott  s’approcha  encore  de  lui   et   il  essaya  de  le caresser.   Le  chien loup  gronda,  la  main  s’approcha  encore,  alors  il   mordit   la main.

Scott  hurla  de douleur.

Matt  alla  chercher  une  carabine   :

« Tu avais raison. Il faut le tuer.

– Non ! Non !    Tu  as  dit  qu’il  fallait  lui  laisser  une  chance.     Tu  as  vu   comme  il  te regarde ?    Il   reconnaît une arme.  Laissons lui  encore  du temps.

– D’accord,  cet animal  a l’air  très intelligent,  nous n’avons pas le droit de le tuer.

 

2/

Les deux hommes  laissèrent  Croc Blanc  libre  pendant  toute la journée.

Le lendemain,  quand Scott  vint le voir,   le chien loup  pensa   qu’il allait  être battu  pour lui  avoir mordu  la main.  Il  se mit  à gronder.  Mais  il vit  que Scott  n’avait  ni arme,  ni bâton,  ni corde.  Et Scott  s’assit  à quelques  mètres de lui !

L’homme  se mit  à parler.  Il avait  une voix douce  qui attirait  Croc Blanc.

L’homme  parla  longtemps  pendant  que  le loup  écoutait.  Puis  il alla  chercher  un morceau  de viande rouge  et  la  donna  à  Croc Blanc.

Croc Blanc  se méfiait,  il  avait toujours  peur  de recevoir  des coups.   Mais  il  s’approcha doucement  de la viande  et  la mangea.

 

Puis  Scott  se remit  à parler  d’une voix douce  et  il approcha  sa main  pour essayer  de le caresser.  Croc Blanc  gronda  un peu.  La main  lui faisait peur,  mais la voix  le rassurait.

Il ne  savait pas  s’il devait  fuir,  attaquer,  ou accepter la caresse.  Ses poils  se hérissèrent. Quand  la main  le toucha,  il s’aplatit  sur le sol  en tremblant.  Il comprenait  qu’on  ne le frappait pas  et  se laissa  caresser en  grondant.

A ce moment, Matt arriva :

« Ça alors ! s’écria-t-il. »

En entendant  sa voix,  le jeune  loup  fit  un bond  en arrière  et  gronda  en montrant les crocs.

Scott  se rapprocha  de lui  et se remit  à le caresser.  Croc Blanc  ne bougea pas,  mais  il se tenait  prêt à fuir.

Il acceptait  Scott  pour  nouveau maître.  Une  nouvelle vie  commençait   pour  Croc Blanc.

Il  avait connu  la vie sauvage  quand  il était petit,  l’esclavage  avec Castor-Gris,  et  Beauty  Smith  ne lui avait apprit que  la haine  et la rage.

Maintenant Scott,  avec sa douceur  et sa patience,  allait  lui apprendre  l’amour.

Il avait  souvent  obéi aux hommes,  mais  il  ne  les avait  encore  jamais  aimés.  Il  se mit à aimer  petit à petit  son nouveau maître.

Il était  toujours libre,  il aurait  pu partir  et retrouver  une vie sauvage,  mais  il préférait  rester  avec Scott.   En échange  de  sa protection,  il gardait  sa cabane.  Il apprit  à reconnaître  les amis  de Scott  et les voleurs.

Croc Blanc  aimait  de plus en plus  les caresses  de son maître.  Quand  sa main  le touchait,  il grondait  toujours  parce que  c’était  la seule chose  qu’il  savait faire  avec sa gorge.

Scott  savait  que ces grondements  n’étaient  pas méchants.

Le loup  était  de plus  en plus joyeux  quand  son maître  était  près de lui.

Quand  l’homme  s’éloignait,  il était  malheureux  et  inquiet.

Il  pouvait  attendre pendant des heures  sur le seuil  de la cabane.

 

 

3/

Ainsi Croc Blanc  avait  découvert  l’amour.

Son maître Scott   était  un  vrai  maître,  un maître d’amour.  Il  se sentait  près  de  lui  comme  une fleur  au soleil.  Mais  il  ne savait  pas montrer  son amour.

Il  avait  toujours  été  solitaire  et  presque  sauvage,  aussi  il  ne jappait  jamais  quand  il voyait  arriver  Scott,  il  ne  bondissait  jamais  autour de lui  comme les autres chiens.

Croc Blanc  s’habituait  peu à peu  à sa nouvelle vie.

Quand  il comprit  que son maître  voulait  qu’il obéisse  à  Matt,  il  se laissa  atteler à un traîneau  avec  d’autres  chiens.

Au bout de quelque temps,  Croc Blanc  fut placé  en tête et  devint  le  chef  des  chiens  de  traineau.  Matt reconnut  que  c’était  le meilleur  chien d’attelage  qu’il  n’avait jamais eu.

 

A la fin du printemps,    Scott   partit travailler dans une autre ville : Circle.

Ce  fut très dur pour  Croc Blanc  qui  resta  à  la  cabane.  Il  ne voulait  plus bouger.

Il restait là,  jour et nuit,  inquiet  et malheureux,  à attendre  le retour  de son maître.

Matt  ne pouvait  rien faire  pour lui  expliquer  ou  pour le consoler.

Il finit par écrire une lettre à Scott :


Le loup   ne   veut  plus  travailler.   Il  ne  veut  plus  se nourrir  non plus.   Rien  ne  l’intéresse.  Les autres  chiens  le  battent  et  il  ne  se  défend  même  pas.   Je crois  qu’il  veut  se laisser mourir  car  tu  es  parti.


Finalement,  Scott  décida  de rentrer  à Dawson.  Il arriva  la nuit.  Croc  Blanc  était allongé près  du poêle.  Il  ne bondit pas  vers  son maître  mais  il remuait  la queue.  C’était  sa façon  de montrer  qu’il était  heureux  de le revoir.

Scott  le caressa  longuement  et  pour la première fois,  le chien  loup  se frotta  contre lui.  Scott  avait  les larmes  aux  yeux.

 

Quelques  jours  plus tard,  Beauty Smith   essaya  de venir  voler  Croc Blanc.   Mais celui-ci rentra dans une rage folle.   Si son maître  n’était  pas arrivé,   il aurait tué   le  méchant  petit homme.

 

4/

Quelques semaines  plus tard,  Scott devait repartir travailler  dans  une grande ville du Sud : San Francisco.

Croc Blanc  avait remarqué  que quelque chose  se préparait.  Il voyait  son maître préparer  ses bagages.  Il  se traînait  toujours  derrière lui  en gémissant.

« Il comprend  que tu  vas partir,  dit Matt.

_  Je  ne  vais  quand même  pas  l’emmener  en Californie !

_ C’est  bien  ce  qu’il espère : que tu  l’emmènes avec toi.

_ Tu  sais bien  que  c’est impossible !   Il est  trop sauvage,  il tuerait  tous les chiens  de la région !  Je  ne pourrai pas  le garder.

_ Bien sûr mais…

_ Mais quoi ? cria Scott.

_ Et bien….

_  Ah !  Ne m’énerve  pas !  Je sais  très bien  ce que  je dois  faire !  »

La veille  du  départ,  Croc Blanc  ne mangea  rien  et  il hurla  comme si  son maître  était mort.

Le lendemain,  il  se  colla  aux  jambes  de son maître  en gémissant.

Au moment de partir,  Scott  s’assit  à côté de lui  et  lui dit :

« Je te comprends,  mon loup.  Mais  je ne peux  vraiment pas  t’emmener  là  où je vais.   Je suis obligé  de  te laisser  ici.   Allez, disons    nous adieu…. »

Croc Blanc  se blottissait  contre son maître.

 

Soudain,  on entendit  la sirène du bateau.

Les deux hommes  enfermèrent  le loup  dans  la cabane et  allèrent sur le quai.

Ils entendaient Croc Blanc hurler et gémir.

« Soigne le bien,  dit Scott  à  Matt.  Et  écris-moi  pour me dire  comment il va. »

Au moment  de dire  au revoir  à son ami,  il  aperçut  Croc Blanc  sur le quai  !

« Regarde !  Tu avais  bien  fermé les portes ?

_Il saigne. Il a dû  casser  la vitre de la fenêtre. »

Scott  s’approcha  du loup  et  lui posa  la main  sur la tête.

 

La sirène du bateau  annonça  le départ.

« Adieu  Matt.  Finalement,  tu n’auras  pas besoin  de m’écrire  pour  Croc Blanc,  il  vient  avec  moi.

_Quoi ?  Tu vas  l’emmener ?

_Oui,  c’est moi  qui  t’écrirai  pour te donner  de ses nouvelles !

_ Tu es fou !  Il  ne  supportera  pas  la chaleur  avec  sa  fourrure  !

Pense à  lui  couper ses  poils  !  »

Scott  monta  dans  le  bateau  avec  son  loup.

Puis  la  sirène  retentit  encore,  et  le  bateau s’éloigna du quai  avec ses nombreux voyageurs  et  un  loup.

 


>>> chapitre IX,  1/ >>>>>


 

 

 

 

 

 

 

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